Mes liens avec la Bisexualité, l’Aromantisme et l’Asexualité

Je ne comptais pas vraiment aborder ce sujet sur mon blog au départ, mais après avoir vu récemment la vidéo Coming out de La Carologie, et lu Gay ? Bi ? Aromantique ? Pan ? Asexuel ? de Troll de Jardin, j’ai eu envie de parler de ma relation compliqué à mon orientation sexuelle/romantique.

Mes premières interrogations

Lors de mes premières années de collège, vers 12-13 ans, j’ai rapidement commencé à être témoin d’un étrange phénomène : voir mes amies s’enthousiasmer à propos de l’amour et des garçons.

Je me souviens avoir passé un temps incroyablement long à les écouter en parler alors que pour moi tout cela rimait avec ennui, scepticisme et incompréhension. L’horreur totale.

Je découvrais avec étonnement qu’il était possible de se dire amoureuse de quelqu’un simplement croisé dans les couloirs (ce qui pour moi n’avait aucun sens, comment pouvait-on bien avoir le moindre attachement pour un parfait inconnu ?) ou bien d’enchaîner les histoires d’amour à une vitesse ahurissante (et là encore, comment l’objet de cet amour pouvait-il changer aussi vite ?), pire, il est même arrivé qu’une de mes amies s‘amourache d’affreux garçons qui m’insultaient (ce qui a mené à pas mal de grosses incompréhensions évidement). Tout cela alors que de mon côté je ne ressentais… rien. Le vide. Le néant. Aucun intérêt autre qu’amical pour qui que ce soit, tout genres confondus et chaque jour de l’année, qu’il pleuve, neige, vente ou fasse un grand soleil.

Heureusement pour moi, j’ai eu la chance d’avoir à mes côtés une amie désintéressée voire repoussée par la romance, avec qui j’ai développé une forte amitié bien plus intéressante à mes yeux qu’une quelconque potentielle relation amoureuse. Un soutien essentiel dans « l’adversité ». Si elle n’avait pas été là, je pense que j’aurais bien plus mal vécu la situation.

Ainsi, au lieu de me questionner sur le pourquoi de mon absence d’attirance, que je justifiais par mon jeune âge et en me disant que je n’étais pas la seule dans ce cas, je me demandais plutôt parfois : qu’est ce que l’amour ? Pourquoi ça intéresse tant les autres ? Le coup de foudre existe-il vraiment ? Comment sait-on qu’on est amoureux et que ressent-on dans ce cas là ? D’ailleurs qu’est ce que les garçons ont de si spécial par rapport aux filles qui est sensé faire que je sois attirée spécifiquement par eux ? Comment sait-on qu’on est lesbienne ? Pourquoi les gens amoureux ont parfois des comportements aussi insensés ? Ect.

J’ignorais à l’époque que cette situation allait durer pas mal d’années.

Mal informée, j’avais également une vision très simpliste des orientations sexuelles et romantiques, croyant qu’il n’existait que les hétéros d’un côté et les gays/lesbiennes de l’autre, avec quelques bi rarissimes qui comptaient à peine. En plus des idées fausses que j’avais sur la bisexualité, j’étais loin de me douter de l’existence de l’asexualité et de l’aromantisme, ou que chez certaines personnes les orientations sexuelles et romantiques puissent être deux choses différentes.

Je me considérais donc hétéro par défaut, en me disant que je finirais bien par tomber amoureuse de garçons un jour.

Le déni

En entrant au lycée, ma conviction que j’étais hétéro s’est renforcée.

A partir de ce moment là je n’ai plus eu beaucoup l’occasion de voir mon amie non-intéressée par la romance et toutes les personnes avec qui j’ai été en contact par la suite ont été persuadées que j’étais hétéro. Et moi j’aimais beaucoup l’idée d’être hétéro, je le voulais même très fort, désirant plus que tout être dans la norme au moins à ce niveau là.

J’ai donc nié, rejeté, réprimé, minimisé tout ce que j’ai commencé à ressentir et qui n’allait pas dans ce sens. Ce n’était pas fait de manière consciente et j’étais vraiment incapable de véritablement voir ou prendre au sérieux tout ce qui ne me confirmait pas que j’étais hétéro. Je réussissais à m’auto-persuader que les filles hétéro pouvaient fantasmer sur des garçons ET des filles, ou encore qu’en apercevant telle fille je n’avais rien ressenti de spécial du tout…

Mais forcément, ça ne pouvait pas durer éternellement…

Un jour, alors que je faisais des recherches sur internet, j’ai fini par tomber plus ou moins par accident sur le blog d’une personne bisexuelle qui m’a fait comprendre que la bisexualité était une vraie orientation sexuelle, ne correspondant pas tout à fait à mon idée de départ et qui concernait beaucoup plus de gens que je ne le croyais.

Je n’ai pas tout de suite fait le lien avec moi, mais ça a ouvert une brèche dans mes convictions et quand la réalité de ma situation a fini par m’exploser à la figure, ça m’a quand même été bien utile.

Première phase de questionnement : hétéro, bi ou lesbienne ?

Me rendre compte que je n’étais peut-être pas vraiment hétéro m’a provoqué un choc terrible. Des semaines d’angoisse à tout remettre en question, disséquer mes ressentis passé, voir mon avenir s’effondrer, me rappeler toute l’homophobie dont j’ai pu être témoin sans y avoir trop fait attention, soupçonner encore plus les autres de potentiellement me vouloir du mal, lire encore et encore des témoignages de personnes LGBT+… J’ai eu l’impression que ça ne finirai jamais, que je serais pour toujours aussi perdue. (heureusement, en vrai ça fini par passer)

Pendant toute cette période j’ai bien été obligée d’admettre que oui, j’étais peut-être bien tombée amoureuse de cette fille-là, ou que non cette autre ne m’avait pas laissée aussi indifférente que je l’aurais voulu. Qu’au final je n’avais rien d’hétéro et que si j’avais eu jusque là cette impression persistante en arrière plan que quelque chose n’allait pas sans pour autant arriver à dire quoi exactement, et bien ce n’était pas pour rien.

Restait la question de savoir si j’étais bi ou lesbienne. Si j’avais pu ne pas voir mes attirances envers les filles, avais-je pu inventer celles pour les garçons ? J’ai alterner ma réponse entre oui et non pendant un moment avant de me dire que c’était ridicule et que non, je n’étais pas attirée exclusivement par un genre en particulier.

Deuxième phase de questionnement : les spectres aromantique et asexuel

S’il est clair que mes attirances vont vers deux genres, il est clair aussi que je n’ai pas un vécu bi classique : puisque mes attirances sont rares, apparues tardivement et parfois même confuses. D’où mon questionnement ensuite à propos des spectres aro et ace.

La définition de l’aromantisme a fait écho en moi dès la première fois que je l’ai lue.

Aromantique : personne qui ne ressent pas d’attirance romantique.

Ça colle parfaitement au ressenti que j’ai eu pendant des années, quand je ne comprenais pas ce qu’était l’amour romantique et ne ressentais rien d’y ressemblant. Ce qui ne veut pas dire que j’étais incapable d’éprouver de l’attachement. Les aromantiques peuvent parfaitement aimer leur famille, leurs amis, leurs animaux, et même expérimenter toutes les autres émotions. C’est seulement l’amour romantique qui est absent. (Et non, ce n’est pas un drame ! Il est parfaitement possible de vivre une vie heureuse sans amour romantique.)

Toutefois, maintenant je sais ce qu’est l’attirance romantique, je pu moi aussi la ressentir. Et comme ce n’est plus quelque chose d’inexistant dans ma vie bien que ce ne soit toujours pas fréquent loin de là, je ne suis donc pas vraiment aromantique mais plutôt grey-aromantique, un peu plus loin sur le spectre aro.

En ce qui concerne mon lien avec l’asexualité, les choses se compliquent un peu.

Asexuel : personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle. (différent de l’abstinence et indépendant du fait d’avoir ou non des relations sexuelles, des fantasmes, une libido ou de se masturber)

Je sais qu’à de rares occasions j’ai ressenti de l’attirance autre que romantique envers des personnes et indépendamment de leur genre. Mais je ne suis pas certaine que cette attirance soit sexuelle, c’est un peu confus dans ma tête. Dans tout les cas je suis quand même plus proche des asexuels que des non-asexuels.

Impact de ma neuroatypie

Je ne pense pas que j’aurais vécu tout ça de la même manière si j’avais été NT. J’ai l’impression que mon fonctionnement différent agit comme une sorte de camouflage naturel sur mon orientation sexuelle/romantique, poussant les gens à se focaliser sur mes erreurs sociales et à moins faire attention au reste, ce qui me permet de très facilement passer pour hétéro si j’en ai envie.

Par contre, c’est justement parce que je ne suis pas NT que j’ai souvent intérêt à me faire passer pour hétéro. Parce que je sais très bien que quand je suis tolérée quelque part, je n’ai pas toujours le luxe de pouvoir prendre des risques et de potentiellement me retrouver directement confrontée à de l’homophobie/biphobie/arophobie/acephobie. Parce que je ne serais peut-être pas capable de me défendre, et aussi parce que mon état émotionnel est déjà suffisamment fragile comme ça alors autant le préserver au maximum. Surtout qu’en tant qu’ancienne victime de harcèlement, j’ai très peur des agressions de toutes sortes, alors pas grand-chose suffirait à me faire paniquer et repenser à tout ce que j’ai dû subir.

Du coup la plupart du temps je me retrouve à devoir porter la charge de devoir faire très attention à tout ce que je dis ou fais dès que je me retrouve dans une situation où je risque d’être repérée comme non-hétéro. Ce qui est aussi très pénible mais me permet au moins de me sentir plus en sécurité et moins angoissée que dans le cas contraire.

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Une réflexion sur “Mes liens avec la Bisexualité, l’Aromantisme et l’Asexualité

  1. Merci pour ce bout de vécu. Un point que je trouve intéressant globalement dans les quelques témoignages aro ou ace que j’ai pu lire, c’est à quel point on est formaté à considérer qu’on est ou doit être hétéro par défaut, et que si ce n’est pas le cas, c’est quelque chose qu’on doit « découvrir » ou « réaliser ».
    Pour le coup j’ai moi-même un vécu aro tout autre; jamais je n’ai considéré être hétéro. Et découvrir que je pouvais non seulement être attirée par quelqu’un, mais par quelqu’un d’un autre genre, a été très surprenant. Tout en conservant socialement les privilèges hétéro puisque ça ressemble à ça de l’extérieur (alors que les normes hétéro me saoulent et que je trouve les lieux lgbt mogai-friendly nettement plus intéressants)

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